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© Laurent Koffel

Influencé à la fois par Devo et Metallica, Polysics fusionne un Kraftwerk sous amphétamines avec un groupe punk venu de l’espace. Connu pour ses prestations démentielles, son concept rétro-futuriste, ses combinaisons de laboratoire et sa musique électro-rock délirante, ce quatuor nous a récemment offert une nouvelle galette imparable. On ne pouvait donc qu’aller à sa rencontre !

VOTRE NOUVEL ALBUM S’APPELLE WE ATE THE MACHINE. D’OÙ VOUS EST VENUE L’IDÉE DE CE TITRE ?

HAYASHI (chant, guitare, programmation) : On avait un morceau dans l’album qui s’appelait WE ATE THE MACHINE et on s’est dit que ce ne serait pas mal pour l’intitulé de l’album. Nous avons aussi remarqué que le nombre de groupes de rock qui fusionnaient de l’électro avait explosé depuis 2/3 ans. Il a fallu se démarquer et nous avons imaginé un cinquième membre : la machine. Mais attention, il était hors de question d’avoir un robot sur scène (rires) ! Il devait être présent dans le son. D’où l’idée de l’avoir mangé. Nous voulions convaincre le public que notre musique n’était possible qu’à travers un humain cybernétisé.

CET ALBUM EST POURTANT UN PEU PLUS ORGANIQUE QUE LES PRÉCÉDENTS. À QUOI EST-CE DÛ ?

Vous trouvez ? Je pense que la proportion est la même qu’avant, mais nous avons mis les guitares un peu plus en avant au mixage. Peut-être que c’est ce qui vous donne ce sentiment. Avant, on travaillait avec beaucoup de sons en haute fréquence qui accentuaient les couleurs électro, alors que les guitares étaient plus basses. Mais il se trouve qu’en ce moment j’adore les guitares très fortes. Du coup, le son des guitares vous reste plus en tête et vous avez dû passer à coté du reste (rires).

AVEZ-VOUS APPLIQUÉ D’AUTRES MÉTHODES TRAVAIL DIFFÉRENTES POUR CET ALBUM ?

Oui, ici nous avons composé ensemble avec Fumi [bassiste et programmateur, ndr.]. C’est la différence principale. Nous collaborons complètement au feeling, selon l’humeur du moment. Sur la maquette de l’album, nous avions évidemment beaucoup plus de morceaux. Nous réalisons alors au final une compilation avec les morceaux qui nous parlent le plus à cet instant-là. Sur notre précédent album, KARATE HOUSE, il y avait le single NOW IS THE TIME qui préfigurait déjà pas mal ce que serait WE ATE THE MACHINE.

OÙ EN EST LA SCÈNE ELECTRO POP AU JAPON AUJOURD’HUI ?

HAYASHI : Comme à l’époque de Yellow MagicOrchestra, on assiste actuellement à un engouement important, un vrai retour du genre.

FUMI : Nos concerts concernent pas mal de générations : étudiants, collégiens, personnes âgées et même des enfants sont venus apprécier notre musique. Le genre est également très populaire à la télévision : les séries de sentaïs font appel aujourd’-hui à des groupes d’electro.

KAYO ET YANO, EST-CE QUE VOUS INTERVENEZ AUSSI AU NIVEAU DE LA COMPOSITION ?

KAYO (chant, programmation, bruitages) : Absolument. Tous les arrangements électro, ou les lignes de batteries pour Yano, nous sont entièrement propres. C’est d’ailleurs un processus souvent très long car Fumi et Hayashi savent exactement où ils en sont avec leurs instrumentations au moment où nous découvrons les morceaux. Nous devons donc partir de zéro et imposer notre contribution.

DE QUOI PARLENT VOS TEXTES ? EST-CE QUE VOUS VOUS PRENEZ AU SÉRIEUX OU PAS DU TOUT ?

FUMI : Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a pas de message. Par exemple pour “Moog is love”, on avait une petite histoire en tête. Mais ce qui prime en général,c’est le son de la voix : il doit être percutant comme un instrument. Après, les paroles importent peu.

COMMENT RESSENTEZ-VOUS LE RETOUR AU STYLE VISUEL ET MUSICAL ISSU DES ANNÉES 80, VOUS QUI LE PRATIQUEZ DEPUIS PLUSIEURS ANNÉES AVEC BEAUCOUP D’ORIGINALITÉ ?

Le revival des années 80 était attendu et prévisible au Japon. C’est frappant dans la mode vestimentaire. Mais nous n’y prêtons pas vraiment attention. Cela nous plaît, et à partir de là, nous évitons de nous sentir en concurrence ou concernés.

HAYASHI : Personnellement, dès que je vois un synthé et un truc qui brille, cela me rend joyeux. C’était très nouveau dans les années 80, et même si c’est devenu un lieu commun, cela évoque pour moi un futur assez proche mais un futur possible, un peu inquiétant mais assez positif, comme dans 2001, L’ODYSSEE DE L’ESPACE. Aujourd’hui, je regarde ce film et j’ai toujours ce sentiment d’un futur proche lumineux. C’est ma façon de voir les choses à un moment de grande crise au Japon.

VOUS ÊTES DONC DES OPTIMISTES ?

FUMI & HAYASHI : Tout à fait !

Interview publié dans Coyote Mag n°30 (mars 2009) par Christophe Lorentz. Photo Laurent Koffel.

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Cinéma

INTERVIEW NICKY LARSON ET LE PARFUM DE CUPIDON

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Boudé par des internautes intransigeants dès ses premières images dévoilées, NICKY LARSON ET LE PARFUM DE CUPIDON, écrase pourtant au marteau de 100 tonnes tous les pronostics ! Philippe Lacheau, réalisateur et acteur « installé » de la comédie française, a courageusement joué un quitte ou double avec cette adaptation au cinéma de CITY HUNTER, le manga cultissime de Tsukasa Hojo. Nous l’avons vu et… nous avons été agréablement surpris. À quelques jours de la sortie du film, explications en compagnie d’un cinéaste qui voit de plus en plus grand.

SORTIE NATIONALE LE 6 FÉVRIER 2019

Quel est le niveau de pression que vous ressentez quant à l’exploitation du film et, malgré vos succès au box-office, fut-il difficile de convaincre les investisseurs sur un projet de comédie d’action à gros budget ?

Nous avions en effet la chance d’avoir fait des films qui avaient bien marché. Cela aide forcément pour obtenir de la confiance. Et il s’agit en effet aussi d’un film d’action et le cinéma d’action, cela nécessite des moyens si vous ne voulez pas un film visuellement pauvre. Notre chance est que des partenaires comme M6 et Sony Pictures France nous suivent. Il est vrai qu’on produit peu de films dans ce registre en France. Je le dis en toute humilité mais c’est un film assez ambitieux dans son concept et dans ce qu’on a essayé d’entreprendre. J’espère qu’il y aura assez de public dans les salles pour qu’on puisse voir plus de films ambitieux. Et je ne pense pas forcément à nous. En ce moment, L’EMPEREUR DE PARIS est à l’affiche et nous avons vraiment envie que ce film marche car ce serait une bonne nouvelle pour l’évolution du cinéma français.

Vous partagez un sentiment de manque de diversité dans la production française, y compris dans la comédie ?

Je ne me plains pas car nous faisons de la comédie et c’est de loin ce qui marche le plus en France. Mais si on parle de cinéma de genre, le public ne suit pas forcément et ce n’est pas évident de monter ce genre de film. C’est dommage car le cinéma français pourrait être encore plus riche si les gens faisaient l’effort de se déplacer pour voir ces films qui apportent de la nouveauté. Ils ne sont pas assez souvent au rendez-vous.  C’est la raison pour laquelle nous avons si peu de films fantastiques, d’action ou de science-fiction. À part Luc Besson, trop peu de gens s’y collent.

Cela vous a affecté que le film a été assez mal accueilli par les internautes à l’annonce du projet et plus tard lors de la présentation des bandes annonces ?

Des Français qui se lancent dans une idée aussi compliquée, vous serez d’accord avec moi, ce n’est pas commun. Et avant même la première image, dès l’annonce du film, trop de gens nous avaient déjà enterrés en ne donnant pas la moindre chance au projet. Quels que soient le résultat et l’accueil au final, je suis toujours triste que les gens se prononcent avant même de voir le film et ne l’encouragent pas au départ, comme s’ils souhaitaient qu’il ne voit même pas le jour. C’est vraiment dommage.

LE PARFUM DE CUPIDON est un scénario original mais avez-vous essayé d’adapter une intrigue directement issue du manga de Tsukasa Hojo ?

Nous avons relu le manga et revu les séries animées originales. Et on s’est posé la question de reprendre une histoire de but en blanc, mais développer une de ces intrigues sur une heure et demie n’était pas du tout évident. Cela manquerait forcément de surprise et de rebondissements. Nous avons donc gardé l’univers, l’ADN de NICKY LARSON, ses personnages, son ambiance, parfois même des instants précis directement issus du manga, mais avec un récit original que nous avons imaginé. Nous en sommes d’ailleurs assez fiers car Tsukasa Hojo nous a avoué qu’il adorait l’idée et qu’il était jaloux de ne pas l’avoir eue avant nous.

L’idée du parfum vous est venue d’emblée ?

Oui, je trainais cette idée avec moi depuis un moment. Ce serait génial si un tel parfum existait et je me suis dit que cela collait bien l’univers de NICKY LARSON, à plein d’égards d’ailleurs. Je préfère ne pas spoiler mais ce concept de parfum sert très bien notre histoire, de façon très varié.

Au-delà de votre connivence avec Élodie Fontan, était-ce une évidence dès le départ ou y a-t-il eu compétition pour distribuer le rôle de Kaori/Laura?

Effectivement, les gens qui me connaissent le savent, à tort ou à raison, je travaille avec les gens que j’aime. Élodie en fait partie et il était évident qu’elle serait dans le film. La connaissant bien, je n’avais pas beaucoup de doutes et je savais qu’elle serait une super Laura. Après, elle a énormément travaillé. Elle s’est retapée tous les épisodes de la série pour essayer de choper la personnalité de Laura et les mécaniques comiques… Mais nous avions une crainte : c’est elle qui remet systématiquement Nicky à sa place. Laura, c’est un personnage qu’on est censé bien aimer et il fallait éviter qu’elle soit juste la relou de service. On a donc fait très attention et je suis très fière d’Élodie qui a travaillé dans ce sens-là et je la trouve mortelle aussi bien dans l’émotion que dans les scènes comiques. J’entends souvent le même discours venant des spectateurs lors des avant-premières. C’est le personnage que les gens retiennent le plus et c’est le personnage préféré de Tsukasa Hojo !

Parlez-nous de Kamel Genfhoud qui incarne Mammouth… Est-ce a priori un peu par hasard que vous l’avez trouvé ?

C’est en effet son tout premier film. C’était très intéressant de le voir évoluer sur le plateau car il regardait tout avec des yeux d’enfants. Il jouait un personnage culte de sa jeunesse. Il était apte pour les scènes d’action car il pratique les sports de combats, le MMA notamment. Même un peu trop. Au début, pendant les répétitions, j’ai un peu flippé car il pratique des sports où on porte vraiment les coups et avec ses bras, s’il me mettait une droite, le tournage s’arrêtait (rire). Mais il s’est vraiment prêté au jeu. Il a été parfait ! Pour l’anecdote, je lui ai parlé de la signature de Mammouth : le bazooka. Et là il me fait : « Tu veux me voir tirer avec un bazooka ? » avant de me montrer une photo où il tire vraiment au bazooka… c’était génial. Physiquement, il collait parfaitement au rôle mais comme il n’avait jamais pris de cours de comédie, je lui ai proposé de s’inspirer de Schwarzenegger dans TERMINATOR. L’idée était que quoiqu’il se passe autour de lui, même des explosions, le gars garde la même expression impassible, comme une machine. Je l’ai dirigé avec cette technique et, quand il était trop expressif, je le rappelais à l’ordre en lui expliquant qu’il était plus flippant et plus fidèle au personnage quand il en faisait le moins possible. Ce qui n’est d’ailleurs pas évident, surtout lors d’une fusillade ou une course-poursuite, de garder ce masque, de ne pas réagir. Pour moi c’est une vraie performance, il a assuré.

La direction artistique est travaillée, étonnante même pour une comédie française. Comment avez-vous abordé le look du film ?

Je ne voulais surtout pas un aspect un peu cheap ou cacher la misère. Pour l’image, notre référence c’était James Bond. On souhaitait tendre au maximum vers quelque chose d’élégant et de glamour. Il nous fallait être crédibles, ne pas faire pitié. Le raisonnement fut simple. Qui en France a filmé des scènes d’action avec une image sophistiquée ? Nous n’avons pas cherché midi à quatorze heures et nous sommes allés trouver l’équipe de tournage de Luc Besson. Nous avons travaillé avec Vincent Richard qui a été longtemps l’assistant de Thierry Arbogast (le directeur de la photo historique de Luc Besson – ndr). Je suis assez fier de ce travail, l’image est assez réussie je crois.

Les costumes sont également très fidèles au manga et à l’anime. Cela a-t-il été compliqué de garder suffisamment de réalisme ?

Quand je vais voir un personnage adapté au cinéma, cela m’ennuie s’il n’a pas la bonne tenue. J’y attachais donc pas mal d’importance. Au moins pour les trois personnages principaux, Nicky, Laura et Mammouth. Il fallait qu’ils aient les MÊMES costumes. Seulement la veste bleue emblématique de Nicky, on l’a cherchée partout et elle n’existe pas ! On a dû la faire faire pour avoir le même bleu et la même coupe, sans poches. Ce fut la même chose pour Mammouth. Son treillis a été créé sur mesure. Et on s’est vraiment pris la tête sur les coiffures. La teinte des cheveux de Laura par exemple, ça a été tout un processus pour trouver le bon dosage de rouge dans une teinture noire et obtenir une perruque avec les bons reflets, une fois éclairée. Un truc bête aussi : on a eu un débat sur la couleur du revolver. Certains affirmaient qu’il était chromé et d’autres étaient persuadés qu’il était noir. On a vérifié et il est chromé mais seulement sur une poignée de visuels originaux. La plupart du temps, il est noir.

Les rétroviseurs de la voiture aussi ! Ils sont montés sur le capot et pas sur les portes, ce qui est une invention, ils n’existent pas dans la réalité. On a donc modifié la Mini pour coller au plus près des dessins de Tsukasa Hojo. Le toit aussi a été peint en blanc. Et si vous faites attention, au début du film, on voit l’immeuble de Nicky et c’est exactement le même que dans le manga, c’est le même immeuble typique du quartier de Shinjuku.

Les scènes d’actions sont très ambitieuses et assez variées dans leurs styles. Comment vous êtes-vous préparé pour obtenir ce résultat ?

J’avais envie de fraîcheur pour ces scènes. Je suis très admiratif du travail de Matthew Vaughn, notamment dans KINGSMAN. Ses scènes d’action ont une patate folle. C’était un peu notre rêve de nous approcher de ça. Mais je n’avais jamais réalisé de scènes d’action et je n’ai pas la prétention d’exceller d’emblée dans ce domaine.

Et je suis très heureux que mon petit frère ait repéré ce groupe de jeunes cascadeurs sur Internet, AC Stunt, emmené par Marc David. On leur doit la modernité de nos scènes de baston que je crois inédites en France. C’est leur premier film en tant que coordinateurs de combats. Ils sont hyper innovants et ils ont une méthodologie de travail très complète. Je leur donne mes idées de chorégraphie et de plans. Ils les intègrent avec leurs propres idées et reviennent vers toi avec un test filmé avec leurs cascadeurs. Un test avec une proposition de montage déjà très élaborée. Avant même de tourner, tu peux voir la scène, sans les acteurs ni les décors mais tu as tout, la chorégraphie et le découpage, que tu peux analyser et retravailler. Tel mouvement est mortel, tel truc moins, tel moment doit être rallongé etc… Pour préparer de façon très précise, c’est génialissime et, au moment de tourner, il n’y a plus de place pour l’improvisation. Même quand on répétait les chorégraphies avec les acteurs, on le faisait avec la caméra, surtout quand elle se trouvait au milieu du corps à corps.

Vous avez invité Dorothée pour faire une apparition dans le film mais comment cela s’est-il passé avec Vincent Ropion (voix de Nicky Larson dans la VF de la série) et Jean-Paul Césari (chanteur du générique français de la série) ?

Ce sont de belles rencontres. On avait vraiment envie de les avoir dans le film. Tout s’est goupillé très facilement. Ils sont venus avec plaisir et ont adoré le film. C’est une fierté et beaucoup d’émotion. Ils sont un peu les témoins vivants de notre enfance et ils ont contribué à rendre culte cette série pour toute une génération.

Propos recueillis par Thomas Maksymowicz. Remerciements à Youmaly Ba et Melody Benistant.

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INTERVIEW MINUSCULE 2

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Pendant deux saisons (2006 et 2012), la série MINUSCULE plongeait le spectateur au cœur de saynètes de cinq minutes, où des insectes modélisés en 3D interagissaient sans dialogue intelligible dans un décor bien réel. Grâce au succès de son passage sur grand écran en 2014, LA VALLÉE DES FOURMIS PERDUES, les réalisateurs Hélène Giraud et Thomas Szabo ont enfin pu accomplir leur rêve : emmener leurs bestioles en Guadeloupe ! À cette occasion, Coyote Mag ne pouvait pas manquer de tailler le bout de gras avec les créateurs de MINUSCULE et en savoir un peu plus sur LES MANDIBULES DU BOUT DU MONDE, actuellement en salles !

Pourquoi la Guadeloupe ? Est-ce parce que ce département est en forme de papillon ?

Nous partons ensemble en vacances en Guadeloupe depuis une quinzaine d’années. On va aux Saintes, un petit archipel. Quand on a fini la saison 1 de MINUSCULE, nous nous étions dit qu’on ferait la saison 2 ici. Mais nous n’avons pas pu pour des raisons financières. Par contre, quand on nous a proposé une suite au long-métrage, nous avons bondi sur l’opportunité !

Sur le premier film, vous aviez le challenge de transposer un format très court (5 mn par épisode) en long-métrage. Quel fut le défi sur ce second opus ?

Proposer quelque chose de nouveau en gardant l’esprit du premier. Ne pas se répéter sans que le spectateur ne perde ce qu’il avait aimé. La Guadeloupe s’inscrivait totalement dans cette démarche.

Il y a énormément de scènes d’actions, dont une qui rappelle la scène de poursuite en « speeder bikes » dans le RETOUR DU JEDI… Comment les avez-vous mises en œuvre ?

Les courses-poursuites faisaient partie de l’ADN de la série, il y en avait fréquemment mais on n’avait pas réussi à en intégrer dans le scénario du premier film. On tenait donc à en faire dans le deuxième. Cette séquence est réalisée en « full CG », y compris les décors. On aurait aimé filmer les décors comme dans LE RETOUR DU JEDI  en utilisant par exemple des « cable cam » (caméra se déplacement très rapidement comme une tyrolienne le long d’un câble tendu – ndr), mais on n’a pas pu… Alors on a tout fait pour obtenir un rendu photo-réaliste, avec même des petits accidents « humains » dans le mouvement, alors que tout a été créé sur ordinateur !

On pense aussi beaucoup à À LA POURSUITE DU DIAMANT VERT, à INDIANA JONES… Vous semblez assumer encore plus vos penchants pour le cinéma d’aventures ?

On voulait obtenir quelque chose de beaucoup plus dynamique, et avec beaucoup plus d’émotions. On tenait également à ce que les personnages aient un arc narratif beaucoup plus abouti. On avait aussi envie d’explorer d’autres atmosphères, plus oniriques, et en effet ce côté film d’aventures, INDIANA JONES, PIRATES DES CARAÏBES, ce côté carte au trésor… Tout cela était présent dès les premières ébauches.

Certains détails dans la création numérique sont absolument bluffants, notamment les élytres (ailes antérieures durcies qui protègent les ailes postérieures chez certains insectes – ndr) des mantes religieuses. Comment les avez-vous développés ?

Nous avions fait des designs assez précis de cette mante, avec de la doc. On a toujours une crainte avec les insectes, c’est d’aller trop loin dans le réalisme. Dès qu’on franchit une certaine limite, un insecte devient assez vite répugnant, ou du moins pas attachant. Avec ce projet, le studio The Yard a voulu aller un peu plus loin. Et avec le même logiciel que pour VAIANA, LA LÉGENDE DU BOUT DU MONDE, ils ont créé des textures subtiles, avec des effets de translucidité, mais le résultat reste beau. Notre équipe a été plus que performante. À chaque fois, y compris pour l’animation, quand on demandait quelque chose, on obtenait bien plus que ce qu’on espérait !

Dans LA VALLÉE DES FOURMIS PERDUES, l’araignée avait un rôle un peu isolé. Pourquoi lui avoir donné plus d’importance dans LES MANDIBULES DU BOUT DU MONDE ?

Nous adorons ce personnage et on s’est aperçu que les spectateurs l’adorent aussi, même si on la voit peu dans le premier film. C’est un personnage assez étrange, pas spécialement sympathique (c’est un ermite) et il a des motivations assez troubles… En préparant le second film, on savait qu’on voulait revoir l’araignée noire, la fourmi et la coccinelle.

Le premier film fonctionnait beaucoup plus sur des dynamiques de groupes. Dans ce film, à l’inverse, il y a beaucoup plus de relations entre les individus : la fourmi et l’araignée, les coccinelles amoureuses… Comment gérer cela sans dialogues ?

Les objectifs des personnages sont assez marqués, et donc ce qu’ils peuvent « dire » a son importance. Sur ce film, nous avons vraiment plus travaillé les « dialogues » avec Côme Jalibert, le sound designer. Nous avons développé le lexique, les intonations, nous y avons passé plus de temps. Et on comprend nettement mieux les intentions des personnages. C’est amusant, parce qu’on a bien fait attention à conserver l’ambiguïté : est-ce le papa ou la maman coccinelle ? Est-ce son fils ou sa fille ? Selon sa culture, chaque spectateur se fera son idée, mais on s’en fiche : ce qui compte, c’est l’intention. C’est une histoire de famille, de parent et d’enfant.

Les bruitages intègrent souvent des « sons mécaniques », notamment dans les courses poursuites. Quels véhicules vous ont inspiré pour la faune guadeloupéenne, à commencer par les mantes religieuses ?

On a toujours aimé ce genre de sons qu’on retrouve dans STAR WARS. C’est Ben Burtt qui a été un pionnier dans le genre : il a mixé un âne avec un lion de mer, il a joué le résultat à l’envers et il a obtenu la voix de Chewbacca. Avec Côme, on a vraiment tourné autour du pot, je voulais quelque chose qui soit crépitant et un peu ridicule… Et on a trouvé au final des dauphins. Beaucoup de dauphins ! Après, c’est travaillé, mixé, monté à l’envers. Pour les articulations, nous avons utilisé des sons de couteaux… Et sinon, il y avait aussi une créature d’ALIEN, avec son chuintement humide.

Comment avez-vous établi le casting guadeloupéen ?

On était très impatients de travailler avec ces espèces exotiques. Les chenilles urticantes, par exemple, ont été présentes dès le début. Nous voulions une rencontre avec une araignée, alors autant en choisir une qui soit bien grosse ! Les moustiques, on souhaitait plus les utiliser mais on ne les voit pas trop au final… Enfin, on est allé vers ce qu’il y avait de plus typique : les colibris, les scolopendres, les phasmes… On en avait même qui nous tombaient dessus pendant les tournages !

Quelles consignes avez-vous donné au compositeur Mathieu Lamboley ? A-t-il travaillé avec les images ?

Nous lui avons montré le film une première fois avec des musiques temporaires. En général, les compositeurs n’aiment pas trop ça. Les musiques temporaires sont souvent un frein à leur créativité. Heureusement, ce n’est pas le cas de Mathieu. Il a réussi à digérer nos propositions et comprendre le ton qu’on voulait. Et il l’a si bien compris qu’il composé une musique très différente qui respecte pourtant toutes nos intentions.

On retrouve dans le film le même type de gag, en plan fixe comme dans la série, notamment avec l’arrivée de la pluie…

C’est en effet le même principe. Et ce plan a servi notre économie de moyen : pour faire comprendre qu’en Guadeloupe, les averses sont subites, il n’y a pas besoin de montrer le ciel. Un plan fixe suffit avec la tombée soudaine de la pluie. Chaque plan raconte quelque chose, donc on prend le temps de tous les soigner. Le public nous a d’ailleurs dit que ça leur fait plaisir qu’au niveau de la mise en scène, on prenne le temps d’expliquer les choses : si un personnage sort du champ par la gauche, il entre dans le plan suivant par la droite… Le cerveau a le temps d’intégrer les informations sans en rajouter trop. On est dans une hystérisation de la mise en scène, surtout dans l’animation mais aussi dans le live, qui peut parfois être fatigante. Et nous, c’est un choix dans MINUSCULE, nous aimons prendre le temps. C’est aussi encore une fois lié à notre culture des années 80. Par exemple, dans les films de John McTiernan (réalisateur de PREDATOR, PIÈGE DE CRISTAL, LAST ACTION HERO – ndr), il y a toujours beaucoup d’action, ça va très vite, mais on sait toujours exactement où se situent les personnages dans l’espace et les décors… C’est con mais c’est une narration visuelle « à l’ancienne », classique, qui nous tenait à cœur.

Vous jouez également beaucoup plus avec les rapports d’échelle dans ce film avec des humains plus présents…

Ce sont deux univers qui n’ont pas les mêmes échelles et la difficulté est de passer de l’une à l’autre. Et c’est constant dans le film, on passe de l’échelle humaine à celle des insectes, tout en essayant de garder un découpage fluide. C’est le cas dans la ruelle, ou avec le cafard de l’aéroport…

La série date de 2006, le premier film de 2014… Envisagez-vous de revenir sur MINUSCULE pour la TV ou le cinéma, ou bien souhaitez-vous développer de nouveaux projets ?

On a des projets, et si on continue, on va plutôt aller vers la prise de vue réelle, mais tout en conservant une interaction avec l’animation… Un peu dans l’esprit de Robert Zemeckis avec QUI VEUT LA PEAU DE ROGER RABBIT ? ou BIENVENUE A MARWEN. Ce qui explique en partie, aussi, pourquoi il y a plus de prises de vue réelles dans MINUSUCLE 2. On adore MINUSCULE, et à chaque fois qu’on a travaillé sur un projet de la saga, on a découvert quelque chose de nouveau, que ce soit en matière de design ou d’univers, c’est super riche. Mais en terme de narration, on atteindra forcément une limite.

Propos recueillis par Matthieu Pinon à Paris, le 20 décembre 2018. Remerciements à Laurence Granec et Vanessa Fröchen.

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Interview

Interview Lastman

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Rencontre avec trois “Übermensch”

En quelques mois, LASTMAN a viré au phénomène éditorial. Il faut dire que cette série ambitieuse est un vrai succès public, tout en traçant sa propre voie dans le mouvement actuel de créations françaises inspirées du manga ! Quand des petits génies de la BD digèrent leurs influences pour ensuite réinventer la BD comme il leur plaît, ça s’appelle LASTMAN et ça tabasse. Rencontre avec le trio Bastien Vivès / Balak / Michaël Sanlaville.

Comment vous répartissez-vous le boulotsur LASTMAN ?

Balak : Je m’occupe du storyboard et de la mise en scène. Et du café.

Michaël Sanlaville : on se partage le dessin avec Bastien.

Bastien Vivès : oui, et en plus du dessin, je dirige un peu l’écriture.

Balak : j’explique le principe : Bastien a une idée de scénario globale et il me la balance, ensuite je change tout en préparant la mise en scène et je leur refile un storyboard. Et comme ils changent tout à nouveau… à la fin, nous sommes tous aussi surpris par ce que nous lisons !

Qui a eu l’idée du concept de départ ?

Bastien : le pitch original n’a plus rien à voir avec ce qu’est devenue la série. Au début, j’avais dans l’idée de faire quelque chose de très sérieux, style KEN LE SURVIVANT, et puis avec le temps on s’est rendu compte qu’il fallait que cela nous représente quand même, que le résultat soit un peu rigolo, sexy et orienté aventure. Et nous sommes partis là-dessus… il s’est bien passé un an et demi, voire deux, avant qu’on ne se mette vraiment au travail. 

L’histoire a-t-elle déterminé le format mangou est-ce l’inverse ?

Il s’est imposé comme une évidence à partir du moment où on a décidé de faire une série d’aventure ambitieuse. Pour ce genre de récit, le format franco-belge de 48 pages ne fonctionnait pas trop, tout comme le format comics.

Et d’ailleurs, avez-vous lud’autres mangas français ?

Balak : oui, j’en ai lu quand j’étais dans le fanzinat avec Rafchan, qui a sorti depuis DEBASER, le manga français que je préfère. Ensuite, j’ai lu un peu DREAMLAND et d’autres tentatives dans le genre et aucune ne m’a vraiment convaincu. Pour ce que j’en ai vu, les dernières productions du même style sont super grattées ; on a vraiment l’impression que ce sont des japonais qui les ont dessinées. Ces projets partent vraiment dans une direction qui n’est pas la nôtre, ils exploitent leur côté « ultra-manga » qui va parler directement aux fans, alors que nous sommes allés dans une autre direction…

Bastien : oui, vers la France « môssieur » ! (rires) Comme on l’a dit, pour nous, c’était davantage le format qui nous intéressait, plutôt que de mimer le style japonais.

Michaël : au début nous avons lorgné de ce côté puis, très vite, nous avons réalisé que ce n’était pas nécessaire.

Sinon, qu’en est-il de votre deal avec www.delitoon.com où LASTMAN est également publié, gratis ?

Bastien : C’est un format gratuit qui permet de valoriser la série et qui lui donne le plus de vie possible. En gros, quand un volume papier est publié, il va être également publié de façon temporaire sur Delitoon, sur la base d’un chapitre par semaine, donc 10 semaines par volume. Les habitués du site auront ainsi leur petit chapitre régulier, tandis que ceux qui veulent l’acheter ont également cette option. Et puis, le site fait un peu office de magazine de pré-publication.

Et quels sont les retours de vos pairs ? 

Bastien : Pas mal de personnes sont enthousiastes. Par exemple j’ai croisé Jean Solé (ndr : cofondateur de FLUDE GLACIAL avec Gotlib et Diament, ayant aussi contribué à L’ÉCHO DES SAVANES et PILOTE)à Angoulême, et il était vraiment enthousiaste de voir ce genre de projets fonctionner en France.

Michaël : Il y a aussi beaucoup de gens qui accrochent à l’histoire, grâce à la dynamique des sorties, le rythme de parution (quasi-trimestriel – chapeau ! Ndr),même s’ils n’ont pas trop accroché au volume 1. Ils n’ont pas le sentiment qu’on les prend pour des glands, la suite arrive…

Bastien : le plus difficile, c’est de leur mettre le volume entre les mains.

Et les grosses inspirations pour LASTMAN, quelles sont-elles ?

Balak : Enki Bilal et Hugo Pratt ! (rires)

Bastien : Dans la BD, pour moi il y avait surtout KEN LE SURVIVANT, que j’étais en train de lire et que j’adore pour sa grandeur et sa démesure. Mais en réalité, là où on va chercher le plus notre inspiration, c’est le cinéma.

Michaël : que ce soit pour la mise en scène ou les personnages.

Il y a également d’autres projets autour de LASTMAN, un jeu vidéo et de l’animation ?

Bastien : Oui, un jeu vidéo va bientôt passer en production, ce sera un jeu de combat intitulé LAST FIGHTqui devrait sortir en 2015 si tout va bien, d’abord sur PC en dématérialisé ; mais on vise aussi d’autres supports, comme les consoles. Quand à l’animation, il y a le projet de série animée avec France Télévision, qui est réalisée par Jérémie Périn.

Et plus globalement, quelles sont vos ambitions artistiques en faisant de la BD ?

Bastien : Retrouver ce côté plus populaire de la BD qu’on a perdu depuis des années en France, c’est devenu quelque chose de plus « auteur ». Je n’ai pas envie que la BD ait le même destin que le cinéma français. Avant on abordait plein de genres, les mecs bossaient en ateliers… Et franchement, je crois que je n’ai jamais autant pris mon pied que depuis que je fais LASTMAN.

Et la conquête du Japon alors ? Tu en reviens Bastien, tu as reçu un prix au Japan Media Arts Festival (festival annuel tenu par l’Agence pour les affaires culturelles du Japon et l’association CG-Arts depuis 1997)…

Bastien : Oui, j’ai eu un prix « découverte » dans la section Manga. Cela fait un an et demi que je suis publié là-bas, en sens de lecture français, avec mes albums LE GOÛT DU CHLOREet POLINA plus récemment. Ils ont trouvé leur petit public, ils ont une vie éditoriale et c’est bien. En plus ce fut l’occasion pour moi d’y aller avec mes exemplaires de LASTMAN sous le bras, de faire mon petit VRP en le glissant entre un maximum de mains. Et puis j’y ai aussi revu Naoki Urasawa, et Katsuhiro Otomo que j’avais déjà rencontré l’année dernière ; j’ai aussi discuté avec le rédac’ chef du Jump, les gens de Shueisha, et ils sont vraiment intéressés – je crois – par ce genre d’échanges. L’accueil a été bon en Corée aussi, où il y a un vrai public sur le numérique, avec des millions de lecteurs ; j’y suis également allé, vu que LASTMAN va y être publié.

Propos recueillis par Anton Guzman. Publié dans Coyote Mag n°49 (Avril 2014)

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