INTERVIEW KIYOSHI KUROSAWA

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En attendant de découvrir, nous l’espérons très bientôt, SEVENTH CODE, son film mettant en vedette Mastuko Maeda (ex AKB48), nous revenons aujourd’hui sur notre rencontre avec Kiyoshi Kurosawa à Paris, en mars dernier, à l’occasion de la sortie en salle trop discrète du film REAL. Disponible en Blu-ray et DVD depuis quelques jours chez Condor Entertainment, REAL est le dernier film en date distribué en occident par le réalisateur des cultissimes CURE et KAÏRO.

Probablement son film le plus ambitieux sur le plan visuel, REAL met en scène les deux superstars nippones Haruka Hayase et Takeru Sato dans le rôle d’un couple évoluant dans divers niveaux de réalité. Atsumi est dessinatrice de manga (le manga dessiné par le personnage dans le film a été publié en France également chez Condor, sous le titre ROOMI) plongée dans un profond coma après une tentative de suicide. Son compagnon Koïchi accepte de tester un programme scientifique qui va lui permettre de partager l’esprit de sa partenaire. Désormais relié aux rêves d’Atsumi, Koïchi évolue dans une ville de Tokyo étrangement vide et parcourue par des personnages parfois effrayants. Il retrouve Atsumi dans leur appartement, plongée dans son travail et persuadée de vivre dans la réalité. Tandis qu’une menace invisible semble s’abattre progressivement sur la ville, Koïchi réalise peu à peu que le monde intérieur d’Atsumi n’est peut être qu’un étage de son propre inconscient…

Nous n’en dirons pas plus sur ce film hypnotique et fidèle au style souvent glacial de Kurosawa. Au-delà d’une ambiance familière pour les fans du cinéaste, la vraie nouveauté repose ici sur le genre abordé (de la science-fiction dans la veine de J.G. Ballard, Phillip K. Dick et Yasutaka Tsutsui) et des effets spéciaux de qualité (très surprenants pour un film japonais) lors d’un final qui relève véritablement du film de monstre. Les polars de Kurosawa étaient souvent réalistes, peu spectaculaires et obsédés par le hors-champs. Dans REAL, le réalisateur arrive à concilier cet héritage avec la création d’un univers virtuel, à l’étrangeté subtil, conclu par une scène d’action mettant en scène un monstre géant. Pour Coyote Mag, le résultat est plus que convaincant mais c’est encore l’intéressé qui en parle le mieux…

(Attention, des passage de l’interview qui suit révèlent des moments clefs de l’intrigue de REAL).

Quel regard portez-vous sur les univers virtuels et quelle expérience avez-vous notamment dans le domaine des jeux vidéo ?

Je suis joueur à mes heures. Je joue parfois à des jeux sur PC et je dois avouer être un grand fan des franchises de Nintendo, SUPER MARIO en particulier. D’ailleurs au début des années 90, je n’arrivais pas à réaliser autant de films que par la suite et, pour m’occuper de manière positive, j’ai même été critique de jeux pour des revues spécialisées.

Est-ce que dans le roman original de Rokuro Inui, A PERFECT DAY FOR A PLESIOSAUR, le couple de héros Koïchi et Atsumi étaient des auteurs de mangas ?

Seul Koïchi était un artiste de manga dans le récit original et j’ai développé cette idée d’inverser les rôles à un moment dans mon scénario et chacun devient un ou une mangaka dans la réalité virtuelle de l’autre. C’est aussi pour illustrer un concept dont j’ai pris conscience seulement pas la suite, à savoir qu’ils croient avoir un contrôle absolu, à travers leurs dessins, sur ce qui s’apparente à un rêve. Or, ce n’est évidemment pas le cas en raison de la mise en abîme dont ils ne sont évidemment pas conscients au même titre que les spectateurs.

Vous avez eu beaucoup d’ambition visuelle avec ce film. Au-delà des séquences de rêves, parfois riches en effets spéciaux, quelles furent vos directives pour le décor du laboratoire ?

J’ai fait confiance à mon décorateur mais je lui ai demandé d’éviter de charger ce décor en éléments trop liés à la cybernétique. Nous avons privilégié une approche plus esthétique car il n’était pas question de montrer ou d’expliquer les technologies mises en œuvres comme dans un film de science-fiction pseudo réaliste. Mettre en scène des connexions directes avec le cerveau par exemple aurait été trop complexe et nous voulions éviter de nous faire piéger par une telle approche d’autant que ce n’était pas nécessaire pour l’histoire que nous avions à raconter. Ce film n’est pas FRANKENSTEIN, nous recherchions plus une ambiance à la fois sophistiquée et abstraite.

Le danger qui menace progressivement Atsumi et Koichi est très abstrait, presque invisible tout au long du film et pourtant, vous choisissez de bâtir une vraie scène d’action, très spectaculaire, avec un monstre géant à la fin du film. Qu’est ce qui a motivé le choix de presque changer le registre du film ?

La première raison c’est que j’avais envie de faire un film de monstre et de me frotter à une telle scène… L’autre raison c’est que le plésiosaure a une présence très symbolique dans le roman, réduit à une petite figurine qu’on voit disparaître dans l’océan à la fin. Cela fonctionne très bien dans un cadre littéraire, mais en tant que cinéaste, j’avais besoin de plus montrer les choses d’autant plus que ce monstre avait une signification très profonde puisqu’il est la résurgence d’un passé enfouie. Il fallait que le héros se confronte à ce passé de manière concrète. Il m’a semblé que la seule façon d’aborder cette idée était de lui donner cette forme là. Mon producteur a paniqué ! Mais j’ai insisté car c’est le cœur du film et, même si la scène demandait beaucoup d’argent et une débauche d’effets spéciaux, nous n’avions pour ainsi dire pas le choix. C’était à la fois un désir et une nécessité : le film n’aurait eu aucun sens sans cette scène. Le cinéma est pour mois un art de la représentation concrète.

Justement, le plésiosaure n’a pas un « animal », il représente la culpabilité de Koïchi et l’incarnation menaçante de Morio. Quelles consignes avez-vous donné aux animateurs pour créer l’attitude particulière du monstre ?

Il fallait d’abord qu’il ressemble au personnage dont il est la représentation. Ce furent des discussions passionnantes et un travail très difficile. Nous avons imaginé pleins de possibilités. Une des plus saugrenues étaient de donner au monstre le visage de Morio. Nous avons même été jusqu’à réaliser des tests. Mais finalement, plus que la signification du monstre, j’ai été rattrapé par mon désir de simplement mettre en scène un monstre. Et le premier objectif de ce genre de film est de créer un sentiment de peur. Il fallait donc qu’il soit terrifiant et grand. L’avantage avec les dinosaures, c’est que vous n’avez pas de références dans la réalité quant à leur aspect ou leur façon de se déplacer. Pour tous le bas du corps, nous avons donc emprunté des attitudes à des mammifères marins comme les phoques ou les morses qui sont assez maladroits à terre. Pour le cou et le tête, nous y avons mis beaucoup plus d’imagination, c’est la partie de la créature qui lui donne un caractère monstrueux et quasi surnaturelle.

Comment avez-vous rassemblé le casting du film. Avoir des comédiens aussi populaires étaient nécessaires pour le montage financier du film ou était-ce au contraire un choix très raisonné ?

L’accord de Haruka Hayase et Takeru Sato était indispensable pour obtenir le budget. J’étais inquiet car je ne savais pas s’ils allaient accepter de jouer dans un film aussi étrange. Leur présence fut une bénédiction pour le projet. Dans les comédiens de leur génération, ils sont très appréciés du public, et ils ont également une puissance dramatique en laquelle je croyais. J’ai eu de la chance car ils ont servi le film à tous les niveaux.

Propos recueillis par Thomas Maksymowicz. Traduction de Catherine Cadou. Photo : Laurent Koffel.

Photo du réalisateur Japonais Kiyoshi Kurosawa à Paris, France.

 

 

 

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