Interview Izumi Tsubaki

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Avec SWEET RELAX (bouclé en 9 volumes) et FIGHT GIRL (sa série en cours), Izumi Tsubaki s’est fait son  coin bien à elle dans la culture shôjo. Un coin où elle fait cohabiter un axe foncièrement humoristique avec un minimum de réflexion sociale et un goût prononcé pour les personnages hors du commun. FIGHT GIRL est ainsi emmené par une ex-chef de gang qui essaye tant bien que mal de devenir « une vraie fille » et de se faire des copains de son âge au lieu de distribuer les bourre-pifs ! On a rencontré Izumi Tsubaki lors de son passage en France en décembre dernier et on avait des questions plein les poches. Micro.

Comment avez-vous mis le doigt sur le bien être et le shiatsu comme thème central pour SWEET RELAX ?
Ma propre expérience a joué un rôle. A l’origine, il s’agissait d’une histoire courte inspirée par ma pratique des arts martiaux et du shiatsu. Avec mon éditrice, nous étions convaincues que le shiatsu serait intéressant à utiliser dans un shôjo manga. La préparation du scénario et les recherches de documents ont été d’autant moins compliquées que j’avais déjà creusé le sujet à la fac.

C’est un sujet rare dans le manga. Vous n’avez pas eu envie de poursuivre dans cette veine après la fin de SWEET RELAX en 2007 ?
Non, je voulais complètement changer de sujet.

Parlons de FIGHT GIRL : Mafuyu est une héroïne atypique dans le shôjo. Ex-bagarreuse devenue asociale, elle a des côtés infréquentables mais dissimule un vrai cœur d’artichaut. Pourquoi un tel personnage de vraie « tsundere » ?
J’aime beaucoup ce genre de personnage, ils sont plus plaisants et intéressants à dessiner.

Les shôjo avec lesquels vous avez grandie ont pu forger en vous le goût des personnages qu’on adore détester ?
Je lisais souvent Ribon et Nakayoshi, mais aussi le Weekly Jump. RANMA 1/2 et URUSEI YATSURA m’ont vraiment marquée. Les mangas de Rumiko Takahashi reposent bien plus sur la force des personnages que sur les concepts.

J’ai l’impression que Mafuyu est un personnage qui réclame une grosse dépense d’énergie à l’écriture comme au dessin… Elle ne vous épuise pas ?
Sans doute mais c’est un personnage lumineux et toujours rempli d’énergie positive. Dans SWEET RELAX, Chiaki était plus introvertie et se posait beaucoup de questions. Mafuyu est très spontanée, elle agit avec le plus grand naturel et sur la longueur, je vous assure qu’elle est moins… « fatigante ». Au contraire elle est même très agréable à dessiner et à faire évoluer.

FIGHT GIRL ne comporte que très peu de personnages féminins au profit de mecs qui détonnent quasiment tous dans le paysage actuel du shôjo. Hayakasa est par exemple très viril et fier mais il ne comprend absolument rien à ses sentiments. Pour le coup il agit comme un véritable ado et non pas comme un jeune premier romantique…
Question de goût, je pense. Je n’aime pas les héros poseurs et toujours sûrs d’eux-mêmes. Mes goûts tendent vers des profils beaucoup plus naturels même si je ne m’inspire pas du réel pour construire mes personnages. En tous cas, je dois écarter inconsciemment les profils de persos que je n’apprécie pas, même si certains seraient plus facile à mettre en scène que ceux que j’ai en tête.

Hayakasa possède un potentiel comique complètement inédit…
Lui, c’est un vrai tsundere* !

Ce qui laisse penser que vous avez une vision parodique du shôjo…
Ce n’est pas intentionnel, et c’est aussi permis par la ligne éditoriale de Hana to yume. L’argument sentimental n’est pas central pour toutes les séries du magazine. Les auteurs privilégient souvent des personnages, pris dans un contexte auquel on greffe une intrigue sentimentale finalement plus ou moins prononcée. Dans mes séries, ce n’est jamais mon premier objectif, mais je ne revendique pas non plus une démarche parodique.

Vraiment ? Et Shinobu, le ninja le moins discret du monde ?
(Rires) Vous adorez réellement les ninjas à l’étranger ! J’avais envie me moquer de cette figure et de tous ses clichés, de détruire le mythe du ninja que tous les petits garçons ont rêvé d’être un jour…

On sait qu’à l’origine le titre (japonais) de la série ne devait pas être ORESAMA TEACHER. Quel fut l’objet de la discorde ?
J’avais d’abord choisi un autre titre, « OTOKE TEACHER », mais un jeu érotique du même nom existait déjà et les résultats de recherches sur  Internet débouchait invariablement sur des images interdites aux mineurs (rires) !

Depuis vos débuts en 2002, vous êtes restée fidèle au magazine Hana to yume. N’avez-vous jamais été attirée par d’autres publications, comme LaLa ou Bessatsu hana to yume ?
Je ne me suis jamais posé la question et dans le fond le contenu de ces magazines n’est pas si différent. Et c’est plus confortable pour moi de publier mes épisodes tous les deux mois. Dans un mensuel, il y a moins de séries donc elles sont mieux mises en avant, et sont sans doute plus populaires aussi. Mais le rythme de travail ne laisse aucun répit. Chez Hana to yume, j’ai plus de temps pour réfléchir à mon travail et je peux prendre plus régulièrement des pauses.

Certains de vos projets de manga ont-ils été refusés parce qu’ils n’auraient pas collés à la ligne éditoriale de ce magazine ?
Oui, ça m’est arrivé une fois, les éditeurs avaient considéré que la série aurait été trop longue.

Il existe une vraie limite de durée d’une série que les magazines shôjo essayent de ne plus dépasser ?
C’était sans doute moins le cas auparavant mais aujourd’hui les éditeurs tiennent vraiment compte de l’avis des lectrices et veulent pouvoir interrompre rapidement une série si elle ne marche pas. Une histoire qui d’emblée fait la promesse d’une longue saga est devenue problématique. On favorise plutôt les concepts qui peuvent être conclus plus vite tout en étant reconduits si les lectrices sont au rendez-vous.

Vous avez une bonne idée de la conclusion de FIGHT GIRL ?
J’avais prévu depuis le premier tome de développer l’histoire du mystère du lycée (amorcée avec le tome 6 paru début 2012 – Ndr). Même chose pour les motivations de Takaomi, le prof. Pourquoi agit-il ainsi et pour quels objectifs ? J’en ai une idée très précise. Je connais déjà la conclusion de cette histoire même si je laisse évidemment aux personnages le soin de me surprendre en prenant des chemins inattendus !

Remerciements à Maud Beaumont (Delcourt), à Akata et à l’équipe du festival Japan Touch.

* terme que l’on pourrait traduire par « dur au cœur tendre »

                                

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Au sujet de l'auteur

Kamen Writer !!!

Un commentaire sur"Interview Izumi Tsubaki"

  1. Noura

    Sympathique interview de cette mangaka que je connaissais pas, le manga a l’air réussi mais moi je lis plus des shôjo sentimentaaux (j’adore aya oda et Maki usami et je vous recommande de les lire si vous aimez ça comme moi XD

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