Interview Byung-Jin Kim

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Vétéran du manhwa musclé (CHONCHU, c’était au début des années 2000 !),  Byung-Jin Kim était à Japan Expo pour défendre WARLORD. Interview détendue avec un auteur cordial, parfois drôle, passionnant à écouter et passionné par son métier.

Byung-Jin Kim
Photo : © Laurent Koffel

Ces dernières années, vous avez travaillé pour un grand éditeur japonais (Square-Enix qui publiait JACKALS) puis pour un grand éditeur coréen (Daewon, avec WARLORD). Avez-vous observé des différences dans les méthodes de travail ?

Oui, clairement. Au Japon, le système est parfaitement huilé, c’est une gigantesque machine, mais en tant qu’auteur coréen je trouve que j’avais peu de marge de manœuvre, sans oublier la barrière de langue. Je ne pouvais pas trop m’exprimer et j’ai l’impression qu’en Corée, les auteurs sont plus libres de s’impliquer dans leurs projets, sans compter que je suis directement informé des réactions des lecteurs, tandis qu’au Japon il fallait passer par l’éditeur.Ça me frustrait. Et puis, en cas de conflit, les réconciliations sont plus faciles en Corée ! Ce qui m’a marqué au Japon, ce sont les « réunions-marathon » : elles ne s’arrêtent pas tant qu’un accord n’est pas trouvé. Il m’est arrivé d’aller à ces réunions en fin de journée, d’y passer la nuit puis la matinée…

Après JACKALS, vous enchaînez sur VALHALA, toujours pour le compte de Square-Enix. Ce récit ne dure qu’un tome, s’agit-il d’un arrêt prématuré ?

Non, il a été conçu ainsi dès le départ. Le sujet(la biographie de Honda Tadakatsu, célèbre général japonais – Ndr)était à la mode à l’époque, plusieurs autres projets de ce type étaient d’ailleurs en cours. Vous savez, quand un auteur prépare un projet plus personnel, il doit quand même gagner sa vie pendant ce temps-là. J’ai pris VALHALA comme un travail alimentaire, même si j’ai pris du plaisir à le réaliser.

Après VALHALA, avez-vous senti que votre aventure dans l’édition au Japon prenait fin ?

J’étais alors en pourparlers pour adapter un jeu-vidéo. Mais je ne dois pas avoir de chance avec les adaptations : vers 2005, je devais travailler sur un manga tiré de FINAL FANTASY et on m’avait promis que j’aurai une grande liberté de création. Au final, il en a été tout autre et cela ne s’est pas fait.

Vous publiez ensuite WARLORD en Corée, en collaboration avec Sung-Jae Kim, le scénariste de CHONCHU. Était-ce important pour vous de renouer avec lui ?

Oui, j’étais très heureux et nous étions tous deux ultra motivés, notre leitmotiv était : « ressusciter la gloire de CHONCHU » ! Nous avons tous deux été les disciples d’un même maître et c’est un ami proche, notre relation est très forte.

Avec WARLORD, vous revenez à un univers médiéval-fantastique…

C’est devenu mon genre préféré, mais complètement par hasard. A mes débuts, je voulais faire du « campus », des histoires en milieu scolaire. Puis j’en suis venu à travailler sur CHONCHU et j’ai vite adoré car ce type d’univers me permettait de laisser libre cours à mon imagination. Malheureusement, la série s’est finie prématurément et c’est pour évacuer ma frustration que je dessine WARLORD !

Travaillez-vous à partir de documents pour façonner l’aspect visuel et les armes ?

Je n’en ai pas vraiment besoin, j’ai déjà quantité d’images en tête et les connexions s’établissent quand je dessine. Pour chaque idée, je fais énormément d’esquisses pour vérifier sa faisabilité, je réfléchis aux aspects pragmatiques des armes – il ne faut pas qu’elles soient gênantes pendant un combat. Par exemple, le héros Maruhan, vit en haute montagne, donc son organisme s’est adapté, il est plus solide et le très long sabre qu’il utilise n’est en rien une gêne pour lui, au contraire il lui permet d’atteindre plusieurs adversaires en un minimum de gestes.

Pourquoi recherchez-vous ce type de réalisme alors que WARLORD est une fiction dark fantasy ?

Je suis un éternel insatisfait, je fais des esquisses jusqu’à ce que tout me semble parfait, d’un point de vue esthétique et pratique. J’ai par exemple eu un mal fou à définir la tenue de la princesse Arasol, tous mes essais me paraissaient laids et inadaptés.

Tetsuo Hara est l’invité d’honneur de Japan Expo 2013, connaissez-vous son travail ?

Oui, et j’aimerais vraiment le rencontrer ! HOKUTO NO KEN est un chef-d’œuvre, ses personnages reflétaient l’idéal masculin de son époque. C’est l’une de mes sources d’inspirations : si WARLORD et son héros Maruhan existent aujourd’hui, c’est grâce à des personnages comme Kenshirô.

Pour finir : lorsque vous êtes en plein bouclage de vos planches et que vous avez la pression, quel est votre plat favori ?

En théorie, j’aimerais me requinquer en mangeant un plat de viande, mais en réalité je mange des ramen (rires).

Interview réalisé par Laurent Lefebvre, publié dans Coyote Mag n°46 (été 2013). Tous nos remerciements à l’équipe des éditions Ki-oon et à Kette Amoruso (traductrice).

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