Interview Asian Kung-Fu Generation

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Asian Kung Fu Generation en concert au Bataclan Photo © Laurent Koffel

Né en 1996, Asian Kung-Fu Genération est désormais une valeur sûre du rock nippon. Pas de visual kei ni de pop acidulée ici, mais une musique rock et mélodique, rapide et énergique, qui fait mouche à chaque coup et évoque les groupes pop-punk californiens ou la power-pop des rockers indépendants adulés par les étudiants américains… Habitués des premières places des charts japonais, les quatre musiciens ont joué pour la première fois en France le 2 juin 2013 (au Bataclan de Paris), dans le cadre d’une tournée européenne exceptionnelle. Coyote Mag était là, et a cherché à en savoir plus sur ce combo qui ne semble vivre que par, et pour, le rock !

Votre musique est très proche de la power-pop américaine, et notamment d’un groupe comme Weezer. Vous sentez-vous plus proche de l’esprit musical américain que de l’esprit musical japonais ?
Masafumi Gotoh(chant/guitare)

Au début de mon parcours musical, j’étais stimulé par le rock anglais. Au moment où j’ai formé un groupe afin de faire de la musique par moi-même, j’étais en effet très influencé par Weezer. Je ne suis pas sûr de me sentir plus spécialement en connexion avec un esprit musical américain, mais je pense que la jeunesse japonaise avait besoin du rock’n’roll pour remplir cette « sensation de vide » qui entourait la scène musicale des années 90.


D’ailleurs, vous organisez tous les ans au Japon un grand festival rock, le Nanu Mugen Festival, qui réunit de nombreux groupes internationaux. Quel est votre but avec un tel événement ?

Internet a amené le plaisir des gens à se segmenter, à la fois de bonne et de mauvaise façon. Une nouvelle émotion peut naître dans l’interaction entre ces différentes communautés segmentées. Toutes les cultures musicales sont ainsi. Le reggae, le ska, le blues, le hip-hop, le rock’n’roll : toutes ces musiques sont nées des collisions entre différentes cultures. Notre festival n’apporte peut-être pas une telle dynamique mais il est pleinement stimulant pour nous.

Pourtant, malgré vos influences musicales et vos rapports avec les groupes américains avec lesquels vous avez tourné, vous chantez essentiellement en japonais… N’avez-vous jamais pensé à chanter en anglais pour essayer de percer sur le marché américain ?

C’est vrai que le succès commercial est un facteur important mais l’utilisation d’une langue qui n’est pas ma langue natale limiterait ma capacité à m’exprimer. La technique et l’aptitude à écrire à propos d’un désir est la clef du travail de l’auteur. Malheureusement, je ne suis pas équipé pour faire ça en anglais ! Par exemple, est-ce que les Français voudraient entendre un étranger chanter dans un français atroce ?

Comment le groupe travaille-t-il pour l’écriture des chansons ?

La musique vient toujours en premier. Les textes arrivent à la vitesse d’un escargot, et viennent toujours longtemps après les émotions. Plus généralement, nous essayons de créer un bon environnement de création pour les quatre membres du groupe et les quelques autres membres de l’équipe.

Si tu te réfères aux textes de tes premières chansons, que penses-tu de l’évolution de ton écriture ?


Je pense que mes textes s’améliorent : je me suis rendu compte que je pouvais désormais rajouter des décors autour de paroles qui viennent du plus profond de moi…

Le dernier album en date d’Asian Kung-Fu Generation, LANDMARK, est sorti l’an passé. Que peux-tu nous en dire ?


C’est un album quireflète le statut actuel du Japon, après l’incident de 2011. Son titre esttotalement lié au Japon.

 

Tu veux dire que l’accident de Fukushima t’a beaucoup affecté ?

Avec 160 000 personnes incapables de retrouver leur foyer et 3 % du territoire disparu, comment pourrait-on ne pas être affecté ?

Musicalement parlant, votre style est toujours resté basé sur les mêmes éléments, sur le même type de son… N’avez-vous pas peur de vous sentir un peu limités par votre formule musicale ?

Nous n’avons sans doute pas exploré différents styles musicaux de façon très audacieuse mais nous avons quand même intégré différentes sonorités. C’est vrai que nous craignons parfois de tomber dans le soi-disant « style Asian Kung-Fu ».

 

Certaines de vos chansons ont été choisies pour illustrer des animes comme NARUTO ou FULL METAL ALCHEMIST… Comment jugez-vous cela ?
L’animation japonaise se maintient à un haut niveau de qualité : nous sommes donc heureux d’être associés à des travaux aussi remarquables.

Asian Kung Fu Generation en concert au Bataclan Photo © Laurent Koffel

 

Asian Kung-Fu Generation existe maintenant depuis 17 ans : quand tu te remémores toute votre carrière, que penses-tu de son évolution ?

Je ne sais pas trop. Je sais que nous avons vieilli… Mais c’est difficile de juger par nous-mêmes : nous sommes comme enfermés dans l’habitacle du véhicule et nous ne pouvons pas nous regarder depuis l’extérieur. Mais nous pensons rouler à une bonne vitesse.

 

Quelles sont néanmoins les choses que vous regrettez et celles dont vous êtes le plus fiers ?


Il n’y a rien à regretter. Nous sommes fiers du fait que tant de gens nous aient trouvés parmi les milliards de groupes disponibles !

 

Vous venez de faire une tournée européenne : qu’avez-vous ressenti lors de cette tournée, et quel message souhaiteriez-vous faire passer à vos fans français ?


Cette tournée a été une formidable expérience. Chaque salle et chaque public ont été très particuliers pour nous. Et à tout ce merveilleux public français, nous voulons dire que nous aimons tous la France. Nous reviendrons jouer ici. Nous ne vous remercierons jamais assez pour votre soutien !

Interview de Christophe Lorentz publié dans Coyote Mag n°47.

Site officiel : http://www.sonymusic.co.jp/Music/Info/AKG/

Asian Kung Fu Generation en concert au Bataclan Photo © Laurent Koffel

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