Eurekâ

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En attendant l’automne prochain et la diffusion de l’anime tiré de PARASITE, Hitoshi Iwaaki refait parler de lui avec ce one-shot, pur récit antique centré sur la bataille de Syracuse et les inventions d’Archimède.

Invasion(s)

An 216 avant J.-C. La domination de l’empire Romain sur la méditerranée est contrecarrée par les conquêtes menées par Hannibal au nom de Carthage. Rattachée à Rome un demi-siècle plus tôt, la riche cité de Syracuse se rebelle et se range du côté d’Hannibal, provoquant l’ire des romains, décidés à reprendre le contrôle de cette zone stratégique. Mais le système de défense mis au point par Archimède sur les contreforts de Syracuse risque fort de décomposer leurs plans…

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Ce cadre historique, véridique dans ses grandes lignes, permet à Hitoshi Iwaaki de brosser un portrait d’Archimède, de mettre en scène des inventions spectaculaires, et de répondre à une question qui décidément trotte dans la tête du mangaka : ça fait quoi, d’être envahi ? Invasion d’un corps par un parasite extra-terrestre dans PARASITE, invasion d’un empire par un autre dans EURÊKA. C’est pour cela qu’Archimède n’est pas le personnage actif et le point de vue de cette histoire. Votre guide dans cette période troublée s’appelle Damippos, un jeune glandeur né à Sparte tout comme Claudia, son amie d’origine romaine. Coincés à Syracuse par les événements, ils vont y fréquenter Archimède mais aussi subir les conséquences du changement de cap politique : affiliés à Rome par leurs origines (Sparte), ne sont-ils pas en danger à Syracuse ? Cette micro-initiation à l’ethnologie est au cœur du récit, elle l’ouvre et le termine, permettant au mangaka d’aborder les conséquences de ces invasions sur l’identité des peuples, ballottés d’un vainqueur à un autre…

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Archimède, cerveau armé de la Mort

Au siège de la ville se superpose un portrait partiel d’Archimède, que le mangaka saisit à la fin de sa vie et qu’il croque selon deux angles : Archimède, le vieillard qui a pris ses distances avec le monde ; et Archimède, concepteur de systèmes de défenses spectaculaires et en avance sur leur temps.

Quand survient la bataille (qui occupe le tiers central de ces 260 pages), EURÊKA révèle donc une facette du bonhomme que tout le monde ne connaît pas forcément. On sent d’ailleurs la passion d’Hitoshi Iwaaki pour cet aspect de son sujet, lui qui mêle aux inventions avérées d’Archimède l’épaisse couche de fantasmes qui ont amplifié la réalité au fil des siècles suivants les faits. Le mangaka reprend par exemple à son compte l’idée d’un incendie déclenché par un « rayon de la mort » issu de multiples miroirs réfléchissant la lumière du soleil. Oui, ça marche en théorie. Mais pas avec les petits miroirs et à la distance mise en scène dans EURÊKA ! Mais comment en vouloir à l’auteur d’épicer ainsi son récit, surtout que le résultat est l’une de ses scènes les plus vivantes ?

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Antiquité glacée

Non, la vraie déception du manga réside dans son derniers tiers. Après avoir posé le contexte militaire et social, en nous promenant dans les rues troublées de Syracuse aux côté de Damippos, et après le grand-spectacle des manœuvres militaires, il fallait conclure les enjeux humains, c’est à dire tout ce qui a changé pour les protagonistes depuis la première planche du manga. Et là, ça coince. Le destin de Damippos, Claudia, Archimède et quelques personnages secondaires est difficilement intéressant, comme aplati par le style du mangaka. Hitoshi Iwaaki cuisine du manga servi glacé. Son trait est froid, presque clinique, ses personnages peu expressifs, ses décors trop rectilignes. Un style inerte, qui avait fait forte impression avec PARASITE et même aidé à construire son aura si étrange. Mais qui bloque EURÊKA au stade descriptif, voire interdire au lecteur de s’impliquer auprès des personnages et donc d’apprécier tout le dénouement de l’histoire, par ailleurs sans grande ampleur. Iwaaki va jusqu’à éviter de mettre en scène la mort d’Archimède, résumée par un texte de deux lignes sur fond noir : tout un symbole.

Au final, si ces 260 pages tiennent la route, elles ne nous emmènent pas bien loin et on peut voir EURÊKA comme un manga agréable et au sujet intéressant mais très anecdotique pour la (et votre) culture manga. Une sorte de galop d’essai qui mènera Iwaaki a lancer deux ans plus tard HISTORIE, récit antique cette fois-ci au long cours, centré grosso modo sur le siècle précédant son histoire des derniers jours d’Archimède à Syracuse.

Eurêka, d’Hitoshi Iwaaki / éditeur : Komikku / one-shot disponible / 8,95 €

© 2002 Hitoshi Iwaaki / HAKUSENSHA, Inc., Tokyo

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Au sujet de l'auteur

Mass appeal madness eats your brain !!

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