Entretien avec Nehl Aëlin : Un autre monde musical !

1447 0

Nehl Aëlin n’est pas japonaise et n’a jamais composé de musique d’animé, mais sa musique et son univers visuel sont indéniablement empreints de références à la culture nippone et au cinéma en général. Relativement inclassable mais pétrie d’influences qui ne peuvent que nous enthousiasmer (Tori Amos, Joe Hisaishi, Dead Can Dance, Danny Elfman), son dernier album LE MONDE SAHA a été « produit » par le cinéaste français Jean-Pierre Jeunet (DELICATESSEN, LA CITÉ DES ENFANTS PERDUS, LE FABULEUX DESTIN D’AMÉLIE POULAIN) et fait référence


Texte : Christophe Lorentz / Photos : Laurent Koffel

.Peux-tu tout d’abord nous résumer ton parcours personnel et artistique à ce jour ?

À 6 ans, j’ai débuté le piano et cela a été un vrai coup de foudre ! J’ai étudié le piano « classique » et le solfège durant 10 ans. Plusieurs années plus tard, j’ai pris des cours de chant lyrique et de solfège au conservatoire. J’ai toujours composé et le chant est venu à moi comme indissociable du piano, des moyens d’expression artistique irremplaçables et indispensables pour moi. Et j’ai terminé l’an dernier une formation de musicienne intervenante…

.Ton nouvel album, LE MONDE SAHA, a été produit par le réalisateur Jean-Pierre Jeunet. Comment en es-tu arrivée à travailler avec lui ?

D’une façon des plus simples : je lui ai envoyé GHOST OF A CHILD, mon deuxième album, et il l’a aimé ! Nous nous sommes rencontrés, et avons échangé autours du prochain album. Il m’a proposé à ce moment-là de m’aider à le produire, car il croyait en ma musique. C’est le plus grand honneur qu’on ait pu me faire jusqu’à maintenant.

.Il est étrange de trouver un cinéaste aux commande d’un disque ! En quoi a réellement consisté le travail de Jean-Pierre Jeunet en studio ?

Il n’a absolument pas été au commande du disque, j’ai été entièrement autonome pendant toute la durée de création et de mixage de l’album. C’est uniquement une bonne étoile, pas un producteur comme on peut en voir dans le milieu du showbiz.

.On parle aussi souvent de l’influence Tim Burton pour évoquer ton univers… Est-ce que le cinéma est également une source importante d’inspiration pour ta musique ?

L’univers de Tim Burton est fabuleux, et il est à mon sens très proche d’ailleurs de l’univers de Jean-Pierre Jeunet. J’entendais à la radio il y a quelques jours ces deux hommes incroyables exprimer leur admiration mutuelle. Comme énormément de personnes, je suis admirative du travail de Tim Burton, de son univers clair-obscur, enfantin et sombre ; je m’en sens touchée. Danny Elfman, son compositeur fétiche, est assurément influencé lui-même par les compositeurs de l’époque romantique que j’admire, et ce n’est pas un hasard si mon travail sur GHOST OF A CHILD est parfois rapproché au sien et à l’univers de Tim Burton. Je suis honorée par ces comparaisons, bien que je me sente toute petite face à leur immense talent !

.D’où vient le titre de l’album LE MONDE SAHA et que signifie-t-il ?

« Saha » est un terme bouddhiste et signifie en sanscrit « Endurance ». Il a été traduit plus tard en japonais par un idéogramme représentant l’endurance, la patience et la persévérance. C’est le fil de l’album. LE MONDE SAHA représente la dualité du monde dans lequel nous vivons : nous pouvons choisir de le rendre meilleur en travaillant sur nous-mêmes, ou de sombrer dans la facilité des « passions trompeuses ».

.Y-a-t-il un concept particulier attaché à ce nouvel album, comme cela avait été le cas avec GHOST OF A CHILD ?
En effet, cet album est conceptuel, mais pas de la même manière que GHOST OF A CHILD, dans lequel il y avait une continuité musicale, textuelle et thématique. Dans LE MONDE SAHA, c’est plutôt le fil spirituel qui guide l’auditeur du début à la fin de l’album. Celui-ci va traverser 3 univers : L’ENFER AVICHI ET LES PASSIONS TROMPEUSES, nostalgique et douloureux ; FLEUR DE LOTUS tourné vers la spiritualité en langue japonaise ; et LES QUATRE INCOMMENSURABLES, univers léger et joyeux. L’auditeur passera par différents états, dans ce MONDE SAHA, concept bouddhiste sur la dualité du monde tantôt douloureux tantôt paisible.

.Tu chantes en japonais sur plusieurs titres et l’album est donc empreint de références à la culture traditionnelle japonaise. D’où te viennent ces références nippones ?

Ces textes sont tirés du SUTRA DU LOTUS, œuvre philosophique bouddhiste traduite du sanscrit au japonais il y a plusieurs siècles. J’ai composé un certain nombre de chansons aux sonorités asiatiques, avec du « yaourt » en guise de paroles. Lorsque j’ai découvert les textes du SUTRA DU LOTUS, je me suis dit qu’il fallait tenter de les poser sur mes mélodies : dans un moment magique, les textes collaient à la perfection sur les mélodies de chant que j’avais composées. Le concept reliant tous les titres est venu à ce moment-là. Savoir d’où viennent ces influences, je ne saurais le dire précisément… J’aime les musiques traditionnelles, elles m’inspirent. J’ai écouté un album de musique kabuki, la BO d’AKIRA, et les BO des films de Miyazaki. Cela a fait une mayonnaise étrange qui s’appelle LE MONDE SAHA !

.Comment travailles-tu au niveau du live ? Proposes-tu des versions réarrangées pour la scène de tes chansons ?

Oui, je travaille depuis plusieurs années avec Alban Aupert à la batterie et Stéphane Béguier à la basse. Ils font un merveilleux travail d’arrangement avec leurs instruments. Alban réussit à la perfection à adapter mes programmations électroniques, en transformant sa batterie en studio d’expérimentations sonores ! Deux autres musiciennes ont intégré mon projet depuis peu : Chloé Chaumeron au violon et Flora Chevalier au violoncelle. Leur jeu apporte une chaleur considérable aux versions live. C’est un grand bonheur de jouer avec tous ces musiciens talentueux.

.Tu participes aussi en tant que chanteuse au groupe metal Akphaezya. Que peux-tu nous dire sur ce groupe ?

Akphaezya n’est pas un groupe de métal comme les autres à mon sens. Nous sommes 4 à former ce groupe, et nous sommes tous dans le même état d’esprit musical : nous voulons faire la musique qui nous plait sans barrière. Et ça se sent ! Parfois ça perturbe, et c’est une chose qui nous plait ! Nous avons sorti notre second album, ANTHOLOGY IV, en mars 2012. Notre concept s’opère autours de 5 albums, et celui-ci rappelle une pièce de théâtre, souvent en dialogue. J’aime beaucoup d’ailleurs les textes de cet opus, écrits par Stéphan H., le guitariste. On y mélange stoner, rock, métal, death, jazz, samba et je ne sais encore quel style de musique ! Il a été très bien accueilli par la presse et le public. Nous avons eu l’occasion de jouer lors du festival européen Progpower en Hollande, en octobre 2012, devant un public des plus chaleureux ! Un souvenir scénique mémorable. En 2013, nous allons jouer entre autres lors du festival métal SWR au Portugal en avril.

.Que t’apporte ce projet à un niveau personnel et artistique ?

L’expression des pulsions négatives ! En particulier en live, c’est un pur bonheur que de pouvoir partager sur scène l’énergie agressive avec le public, pour la transformer en énergie positive. Comme j’écris les arrangements et mes mélodies chantées, je travaille différemment par rapport à mon projet solo. Je ne suis pas à l’initiative des bases de composition, je suis plutôt dans un travail d’arrangement en studio, et dans l’énergie avec le public en live. J’aime beaucoup ces deux projets, car ils m’apportent des choses très différentes, musicalement et humainement.

Enfin, que s’est-il passé pour toi entre la sortie du MONDE SAHA et aujourd’hui ?
Il y a eut quelques concerts, entre autres un très beau moment en première partie de Cécile Corbel à Dijon, dans un magnifique théâtre avec une organisation des plus agréables ! Le grand changement  pour 2013 est aussi la collaboration avec une agence de booking, Leska Booking. L’année 2013 sera pleine de concerts, nous l’espérons. Sinon, je prépare mon prochain album : je travaille en ce moment sur le pré-maquettage des chansons. Le grand changement, c’est que les chansons sont presque toutes écrites en français ! Il sera à découvrir, je l’espère, pour 2014… D’autre part, j’aimerais beaucoup travailler sur une base visuelle, faire la musique d’un film, d’un dessin animé ou d’un jeu vidéo. Avis aux réalisateurs !

Total 0 Votes
0

Tell us how can we improve this post?

+ = Verify Human or Spambot ?

Au sujet de l'auteur

Pas de commentaire sur"Entretien avec Nehl Aëlin : Un autre monde musical !"

Laisser un commentaire