Le boy’s love made in France

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Il est plus que temps de sortir le nez des boy’s love japonais et d’ouvrir grand les yeux ! Le genre, en France, connaît une petite révolution éditoriale qui couvait déjà depuis un moment : l’émergence d’une création made in France. De qualité et surprenante, via des aventures artistiques très personnelles qui s’éloignent des chemins balisés. Gros plan sur un phénomène destiné à prendre de l’ampleur.

Comment le BL est sorti de la cave

Le phénomène boy’s love (ou BL) débute en France vers la fin des années 90. Grâce à des sites pionniers comme « L’Écurie des Shets » d’Asrial ou les « Archives de Mimiyuy », les mangavores découvrent les fan-fictions yaoi. Très vite, des fanzines sont vendus dans les conventions, servant de premier terrain d’expérimentations. Sites et revues se sont depuis multipliés (Candy Pop, Maskot, Auto-Reverse…) et le fandom est plus actif que jamais.

Choconoisette

Choconoisette

Du côté des « pros », Tonkam publie ZETSUAI dès 2000 mais les faibles ventes s’avèrent décourageantes. Mais lorsque LE JEU DU CHAT ET DE LA SOURIS de Setona Mizushiro sort en 2006, la communauté s’est agrandie et l’accueil critique (dithyrambique) attire les néophytes : c’est un succès. Tandis qu’Asuka, Taifu Comics, Tonkam et Soleil Manga lancent leurs collections, les fans poursuivent leurs initiatives éditoriales et devancent encore et toujours les pros. Ainsi, en 2007, Émilie Lepers (Mimiyuy) fonde les éditions Muffins dédiées au roman boy’s love ; la Collection x Arrow fondée par Virginie Zurbuchen rassemble des romans auto-édités et les Éditions Láska s’intéressent aux nouvelles gays et BL.

Malgré la quantité de sites dédiés au BL, Asuka et Kazé mettent en place boyslove.fr en 2011 dans le but avoué de fédérer la communauté, faisant appel à des contributeurs issus du fandom. Au début, certains fans se montrent dubitatifs. Pourtant, d’après la rédaction de boyslove.fr, l’importante fréquentation du site montre qu’il a su combler un besoin. Depuis début 2012, boyslove.fr héberge même Béèlle Magazine, projet issu du fandom : en échange d’une plus grande exposition, les artistes de la revue offrent au site un contenu attractif exclusif. Selon la rédaction de boyslove.fr, d’autres projets pourraient bénéficier d’un « soutien » similaire. On sent la volonté d’Asuka, affichée depuis ses premiers BL, de devenir un acteur incontournable de cette culture.

Josh

Josh

Conquérir les éditeurs… ou pas ?

Fin 2011, Asuka annonce d’ailleurs dans le magazine BExBOY la publication de SWEET DESIRE d’Eternal-S. Particularité : l’auteur est française ! Une étape symbolique est franchie. Dessinatrice autodidacte depuis 2006, elle œuvre d’abord en convention et sur le web, avant d’aller offrir – au culot – son dôjinshi yaoi de BLACK BUTLER à l’équipe d’Asuka. SWEET DESIRE, qui raconte les retrouvailles au Japon de deux amis d’enfance, est publié deux ans après, en avril 2012.

De quoi ouvrir la porte du circuit professionnel à d’autres auteurs français ? Pas forcément celles de nos éditeurs de manga : Taifu Comics nous confiait ne pas avoir reçu de projets assez convaincants pour tenter l’aventure Tonkam affirme que ce n’est pas sa vocation.

La France compte pourtant un vivier d’auteurs dotés d’un niveau artistique suffisant pour prétendre au circuit pro. Issue du fanzine Auto-Reverse (2007-2010), Clover Doe dessine CHOCOLAT X NOISETTE, une série en cours (5 tomes + un artbook) pleine de peps qui n’a rien à envier aux Japonais(es) ! Après un temps chez l’association Kejhia, Clover Doe s’auto-édite à nouveau. Cette année, elle apparaît aussi dans le Béèlle Magazine avec SWEET HEART, un one-shot humoristique. Si l’auteure avoue se questionner sur l’intérêt d’un contrat avec un éditeur, elle garde la tête sur les épaules et préfère connaître les contraintes.

Et des contraintes, il y en a ! « En auto-édition, on a moins de pression et moins de retouches à faire. Avec un éditeur, il faut parfois refaire des planches entières. Mais ça en vaut la peine car le rendu final n’en est que meilleur ! » s’enthousiasme Eternal-S.

Le cas JOSH

Si le soutien d’un éditeur est un sacré coup pouce, il n’est pas nécessaire pour prétendre à un certain succès commercial, comme le prouve Dimitri Lam avec JOSH, premier manga gay français.

Lui non plus n’a pas suivi de formation en BD, même si ses études en bijouterie et en dessin d’art lui ont permit d’acquérir des notions techniques. En 2010, Têtu lui offre carte blanche pour animer le blog « Dans ma bulle » (http://blogs.tetu.com/dans_ma_bulle). Il y prépublie JOSH,  projet qui lui tenait très à cœur. En 2011, la maison d’édition associative Babylon Com est créée afin de concrétiser une version papier de JOSH. Malgré les difficultés financières et de distribution, près de 1800 exemplaires du premier tome sont vendus à l’orée 2012 ! Avec JOSH, Dimitri Lam voulait « raconter une histoire réaliste, basée sur des personnages ayant une psychologie développée et rencontrant des situations crédibles ». Le bouche à oreille aidant, son manga a élargit son public, y compris parmi les lecteurs de BL.

Avant cette expérience, Dimitri Lam a bien cherché, sans succès, un éditeur pour DELIRIUM, une série d’action qui a connu en 2012 un premier lancement en édition limitée chez Babylon Com, où d’autres projets sont en gestation.

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Vers une « french touch » ??

Les trois auteurs présentés ici ont donc une perception très personnelle du boy’s love. Pour Clover Doe, les ressorts scénaristiques de sa série sont pris au shôjo, insistant sur la proximité entre ces deux typologies de manga : « Ce qui change, c’est que l’héroïne est un garçon et que le boy’s love permet ce que l’on ne peut pas aborder avec une héroïne dans un shôjo pur ». La lectrice peut aussi tomber amoureuse du héros. Eternal-S, elle, avance à contre-courant de cette vision puisqu’elle a incorporé à son récit un personnage féminin, Akemi, petite amie du héros, afin d’éviter les schémas notoirement redondants : « j’ai voulu mettre un peu de variété ! Surtout que je ne voulais pas que les deux mecs soit gay. Kohaku est hétéro et Masami est bi, ce qui me laisse plus de choix quant à l’histoire ».

Quant à Dimitri Lam, son créneau n’étant pas du tout celui BL pur et dur, il pense qu’à l’avenir on verra naître de plus en plus de projets hybrides mêlant BL et culture gay… ou autres ! Le BL made in France sera t-il donc gay ? Pas sûr. Clover Doe estime que le boy’s love restera destiné à un public féminin et qu’un lecteur gay y trouvera moins son compte. Un fanzine français comme Dokkun serait d’ailleurs plus pertinent. Et si elle puise parfois des idées dans des sitcoms gay, elle relativise : « je serais bien incapable de me mettre à la place d’un gay, dans sa tête comme dans sa vie de tous les jours ».

En tout cas, avec autant d’avis différents, les auteurs français ne risquent pas de proposer les mêmes histoires ! Et c’est tant mieux. Faire du BL en France, n’est-ce pas l’opportunité de se libérer des codes de l’industrie nippone et de faire monter la sauce selon des idées plus personnelles ?

Tous nos remerciements aux auteurs et éditeurs pour avoir pris le temps de répondre à nos questions.

 

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Au sujet de l'auteur

Labellisée fujoshi depuis 10 ans.

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